PALAIS DE LA CULTURE BERNARD BINLIN-DADIE D'ABIDJAN





Bernard Binlin-Dadié, notre contemporain


Né en 1916, entre lagune et océan, dans la trompeuse douceur de la pointe d'Assinie-Mafia, aujourd'hui disparue, alors qu'en Europe grondent les canons de la grande guerre que se livrent les puissances coloniales en charge de la "pacification" et de la "civilisation" du Noir Continent, l'écrivain Bernard-Binlin Dadié a tracé avec sa plume, dès 1934, un long chemin d'art, de clarté et d'espoir. Depuis, il ne cesse d'y poser par ses oeuvres et ses articles, les repères nécessaires à plusieurs générations d'ivoiriens et d'Africains pour qu'elles reprennent confiance dans leurs valeurs ancestrales culturelles et morales et puisent en elles-mêmes la force de regarder et de construire ensemble l'avenir. Poète, conteur, dramaturge, chroniqueur, journaliste, on peut appliquer à son oeuvre ce qu'il dit de l'Afrique Noire Traditionnelle elle " entend saisir tous les langages, et c'est cette volonté de dialogue avec tout, qui faisait sa force ". De ces nombreux domaines. on retiendra



Pour la poésie Afrique debout ! (1950); La Ronde des jours (1956) ; Hommes de tous les Continents (1967);


Les contes Légendes africaines (1954); Le Pagne noir (1955); Les Contes de Koutou-as-Samala (1982);


Le Théâtre Assémien Déhylé, roi du Sanwi (1936); Monsieur Thôgô-Gnini (1970); Les voix dans le vent (1970); Béatrice du Congo (1970) ; Iles de tempête (1973) ; Mhoi-Ceul (1979) La narrative aussi variée que le roman et la nouvelle, fortement teintés d'autobiographisme avec Climbié (1956) , Les Jambes du fils de Dieu (1980); Commandant Taureault et ses nègres (1980); les récits de voyages "Un nègre à Paris" (1959); Patron de New York (1964); La Ville où nul ne meurt (1969) ; le témoignage à l'état brut "Carnet de prison" (1981)


Pluralité des formes et des langages, dans laquelle on reconnaît les constantes de l'histoire et de la politique, filtrées par une ironie douloureuse souvent mais dont la dominante reste l'ironie de conciliation qui nuance une vision, tragique pour les plus faibles, mais toujours généreusement messianique, du dialogue qui s'imposera un jour aux êtres qui peuplent ce monde.
" Parent, frère de tout ce qui vit ", l'écrivain, sans jamais se laisser absorber par aucun courant, qu'il soit politique ou littéraire, a été et reste un homme et une plume engagés :
Engagé, pour que justice soit rendue à l'homme noir. Il est membre du Rassemblement Démocratique Africain, et de sa section, le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire, au lendemain d'une guerre qui s'était voulue une guerre de libération des peuples opprimés. Il milite par la plume, dans les organes, la Communauté, Réveil, le démocrate il milite par l'action, à Agboville, Abidjan. Cela lui vaut plus d'un an de prison préventive dans la geôle coloniale de Bassam (1949-1950) et trois années de prison avec sursis. Engagé, pour témoigner des valeurs culturelles de son Continent. Dès la première heure, il est membre du Comité de Rédaction de Présence Africaine (1948). Engagé, au sein même du Conseil exécutif de l'UNESCO dont il sera membre, contre les dernières formes du colonialisme. Il continue d'être engagé, aujourd'hui, en ce XXIe siècle, contre une mondialisation qui ne favoriserait que "hégémonie de l'argent" et frapperait de dévaluation les rêves des peuples pauvres et des jeunes nations un monde qui ne serait pensé et ordonné qu'à la satisfaction de quelques riches Etats occidentaux.



Ministre de la Culture (1977-1986), Grand Croix de l'Ordre National de Côte d'Ivoire (1999), titulaire d'une trentaine de décorations étrangères, membre titulaire ou correspondant de diverses Institutions et Académies, le Sage, Bernard Binlin Dadié notre contemporain humble citoyen, amoureux de son pays, observateur obstiné des dérives humaines, continue de nous inciter à distinguer les mille et un bruits de la brousse, à saisir le langage si divers de la sylve, à faire corps avec ce monde si mouvant, si complexe, pour le comprendre ", et à rester toujours à l'écoute de la Jeunesse pour ne jamais perdre l'Espoir.